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Articles // Cinéma et arts numériques

La prostitution par temps de guerre

// Martin Blais - 1 mars 2012

Numéro : Mars 2012

 

Le sentiment qui donne l’image la plus franche du début de la colonisation de notre région, ou du moins du début des « villes » abitibiennes, est clairement l’euphorie. Certes, il y avait la rigueur du climat et la terre à travailler, mais la liberté créée par l’impression de bâtir sur du neuf conférait aux années 1930 une aura psychédélique généreuse en dopamine. Bien qu’on se l’imagine plutôt en noir et blanc, cette époque en ce lieu était multicolore et franchement hallucinante!

  

Ayant justement vécu la majeure partie de sa jeunesse à Rouyn-Noranda dans les années 1930, Gilles Carle a vécu le chaos grandiose des boomtowns et il en est resté très inspiré. Son long-métrage Les Corps célestes (1973) est celui qui parle le plus directement du phénomène des villes champignons. Situé juste avant la Deuxième Guerre mondiale, ce film dresse un portrait à la fois ludique et réaliste de la quête aveuglée vers le bonheur que menait une population fuyant la crise économique.

  

Le tout se déroule en 1938, à Borntown, en Abitibi. Il faut y voir Rouyn-Noranda, ou Val-d’Or, avec ses façades westerns, ses rues de boue et de neige, ses mines et... ses prostituées. Débarque du train un couple fortuné à souhait tandis que se cache, apeurée, une jeune fille douce, encore vierge, que l’on rebaptisera Rose-Marie (jouée par Carole Laure). Elle résiste alors à faire partie de la cohorte de jeunes filles à la profession dévergondée qui viennent meubler le bordel de Desmond (Donald Pilon) et Sweety (Micheline Lanctôt). L’intrigue, moins prenante en son ensemble que chaque scène prise individuellement, se tisse autour de la virginité fragile de Rose et de l’imminence d’une guerre, clamée via la radio à un public impuissant et inquiet. Chaque fois qu’une des filles de joie allume le poste, c’est le récit d’un dictateur promettant le fascisme qui se fait entendre.

  

Dictature locale

  

Le despotisme s’incarne dans le lieu de débauche de Desmond (un prénom à la sonorité proche du mot « despote »), qui exerce un contrôle malsain sur ses femmes. Il leur parle d’amour un matin, puis l’après-midi il négocie le prix de leurs corps. Même si Gilles Carle se garde d’être pédagogue et de faire des films à message, on peut y voir un point de vue sur les dérives d’un système patriarcal à remplacer. Ici est peut-être en cause la liberté sexuelle, une idée non pas neuve, mais qui a réémergé avec le mouvement hippy qui en a fait une révolution.

  

On a donc l’impression que se superposent deux époques, celle de la diégèse du film Les Corps célestes, et celle pendant laquelle il a été tourné. L’importance de la prostitution était appréciable à Rouyn-Noranda en 1938, grâce au salaire des mineurs en pleine quête de plaisir.

  

Affaibli par le jeu assez faux des Pilon, Lanctôt et Laure, pris entre la comédie et le mélodrame, Les Corps célestes s’avère au final un objet fascinant. L’apparence de superficialité que lui donne le genre de la comédie cache sous elle comme une mine d’or, une richesse au niveau formel et scénaristique.

  

Les Corps célestes est disponible en DVD et fait partie d’un coffret Collection Hommage comprenant quatre autres œuvres de Gilles Carle. 

 

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