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Chroniques // Environnement

CHRONIQUE

Sommes-nous à l'abri de l'ingérence?

// Jacinthe Châteauvert, Présidente du Conseil régional de l'environnement de l'Abitibi-Témiscamingue - 8 avril 2019

Numéro : Avril 2019

 

photo : Marc Wieland (unsplash)

 

Le 24 janvier dernier, Louis Robert, agronome au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) et sommité dans son domaine, était congédié pour avoir dénoncé l’ingérence des industries privées dans les recherches publiques concernant les pesticides. Déjà, en 2017, M. Robert avait mis au fait son employeur de la situation inquiétante. Déçu de l’inaction de ses supérieurs, il a alors divulgué des documents confidentiels accablants à Radio-Canada.

 

D’un point de vue déontologique, les chercheurs ont l’obligation d’être impartiaux et de ne se laisser influencer par aucune source externe (voire interne dans ce cas-ci). Il est essentiel que toutes les recherches menées sur des enjeux de santé publique soient complètement indépendantes. Mais que se passe-t-il quand l’ingérence vient de l’intérieur?

 

M. Robert a dénoncé une situation de crise qui perdure au Centre de recherche sur les grains (CÉROM) au moment où 15 des 35 employés démissionnaient en bloc. Le principal problème : l’ingérence et les tentatives d’intimidation auprès des employés de la part du conseil d’administration (CA), dont le président. Le CA aurait également dissuadé les employés du CÉROM de publier leurs résultats concernant l’utilisation des néonicotinoïdes, associée au déclin des populations d'abeilles.

 

Ce problème d’ingérence découle possiblement de la structure de gouvernance du Centre. On retrouve au CA des représentants de la Coop fédérée, vendeur de pesticides, ainsi que des représentants de producteurs de grains du Québec, principaux utilisateurs de pesticides. Comment se fait-il que des représentants d’entreprises qui vendent eux-mêmes des pesticides siègent au CA d’un centre dont la mission est de mener des recherches ciblant la réduction de l’utilisation de pesticides nocifs pour la santé et l’environnement?

 

Dans cette veine, il est également pertinent de s’interroger sur le renouvellement de l’autorisation de l’utilisation du glyphosate au Canada pour les 15 prochaines années – contrairement à de nombreux pays qui ont plutôt décidé de bannir ce produit dans un avenir rapproché. Un autre problème d’ingérence?

 

Santé Canada s’appuie sur des centaines d’études qui avaient, en 2017, justifié l’autorisation du glyphosate. Or, des groupes environnementaux et des spécialistes de la santé affirment que ces études auraient été manipulées par Monsanto, la multinationale qui commercialise des produits à base de glyphosate. En 2017, la publication des « Monsanto Papers », des documents internes, a permis d’apprendre que le géant Monsanto avait délibérément dirigé les articles scientifiques à son avantage.

 

En 2018, Dewayne « Lee » Johnson a gagné sa cause, établissant un lien direct entre son cancer et son contact direct quotidien avec deux produits à base de glyphosate produits par Monsanto, dont le Roundup. D’ailleurs, à ce jour, Monsanto fait face à plus de 8 000 procès en attente, uniquement chez nos voisins américains.

 

Enfin, l’ingérence des compagnies privées dans les résultats de recherche scientifique est troublante. Les lanceurs d’alerte sont les sentinelles nécessaires à la protection des citoyens. Soutenons-les! Mais surtout, restons vigilants!

 

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