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Chroniques // L'anachronique

CHRONIQUE

LETTRE OUVERTE À SAYONA

// Philippe Marquis - 26 mars 2019

Numéro : Avril 2019

 

photo : Valeria Boltneva (Pexels)

 

Bon début de printemps Sayona,

 

Je t’écris cette lettre par un beau matin de mars. Hier, nous avons appris que ton projet de mine de lithium devrait devoir passer par le Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE). Aujourd’hui, Radio-Canada nous informe que tu aurais, auparavant, engagé un « lobbyiste non inscrit au compte de la minière Sayona[i] » pour influencer des politiciens afin d’éviter la tenue d’un BAPE. Des personnes ont écrit, sur les médias sociaux, que tu avais quelque chose à cacher. Dois-je les croire?

 

Bientôt, sous le feu printanier, la neige, accumulée autour des eskers se fondera en eau. Elle y sera filtrée pour offrir un des liquides les plus purs qui soit. Cet or bleu est une des grandes fiertés de notre pays minier. Parce que, tu le sais fort bien, nous sommes en pays minier. Cette eau n’a pas de prix. Assurer sa pureté n’est plus négociable pour la grande majorité d’entre nous.

 

Tu dois comprendre qu’il est naturel de vouloir le protéger pareil trésor. Vrai que ça n’a pas toujours été le cas dans notre contrée colonisée. Toutefois, la protection des eskers est maintenant une priorité collective. Voilà pourquoi tant de gens et d’organismes ont demandé la tenue d’un BAPE sur ton projet de mine de lithium. Même la très sérieuse et respectée Société des eaux souterraines de l’Abitibi-Témiscamingue (SESAT) souhaite que tu le soumettes à une évaluation environnementale.

 

Jusqu’ici, ton attitude a beaucoup nui à ton image. Nous sommes tous conscients de vivre dans une région minière. Près de 10 000 emplois sont directement ou indirectement liés à ce secteur économique. Malgré cela, je ne me souviens pas avoir vu la population, en aussi grand nombre, insister autant pour approfondir les enjeux autour d’un projet minier.

 

Entendons-nous bien : personne ne s’est encore opposé à ton projet. La tenue d’audiences publiques servirait juste à garantir que tes opérations ne nuiront en rien à la qualité de l’eau. Tu sembles pourtant fort pressée d’aller de l’avant sans attendre. Seulement, si, comme tu le prétends, il n’y a aucun risque, pourquoi ne pas prendre le temps de le prouver publiquement? La population serait rassurée et t’accueillerait à bras ouverts. Ça en vaut bien la peine. Non?

 

Parler d’opposants à propos des milliers de personnes qui désirent que le gisement d’eau soit protégé est une bien mauvaise façon de considérer leur demande. Il me faut te le répéter : c’est exceptionnel de voir une telle mobilisation ici. Je t’invite donc à la prendre très au sérieux et ne plus chercher un moyen de te soustraire à une étude environnementale.

 

Cela permettrait peut-être de voir la méfiance à ton égard fondre comme neige au printemps… Ne crois-tu pas ?

 

 

[i] Il s’agit de Pierre Renaud : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1156711/environnement-ancien-president-bape-conseiller-miniere-sayona-mine-lithium-abitibi?fbclid=IwAR0zVt89qHO3kMB9hGmGwizDTRMPYj54xR2sIkPG0QALWO6az_iGal0Ur5M

 

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