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Chroniques // Éditorial

Édito

CHER ARTISTE, JE T’AIME

// Maude Labrecque-Denis, rédactrice en chef - 29 janv. 2019

Numéro : Février 2019

 

 

Je ne sais pas si c’est à cause du début d’année, ou de l’air de février, mais aujourd’hui, cher artiste, j’ai envie de te déclarer mon amour.

 

Pas qu’on se connaisse tant que ça ni que je m’attende à quoi que ce soit. C’est simplement que je t’admire, et je veux que tu saches pourquoi.

 

J’aime la façon dont tu t’enflammes pour les sujets qui t’intéressent. J’aime voir tes yeux s’embraser, tes gestes s’animer et ton visage s’éclairer. J’aime les mots alors libérés de toi; sans filtres ni frontières, ils sont à la fois candeur et lucidité.

 

J’aime aussi ta fierté. Tu me fais penser à un petit enfant (et je ne dis pas ça péjorativement) lorsque partager le fruit de ton labeur est, une fois l’angoisse surmontée, le plus beau cadeau qui soit. 

 

Habité d’une profonde humilité, tu admires tes collègues et tu respectes l’héritage de tes prédécesseurs; tu en connais la valeur. Ce rôle de guide qui t’est prêté, tu en prends soin comme d’une relique, sachant que tôt ou tard il changera de mains. Pour cette raison, tu chéris l’instant présent. Tu offres au monde ta subjectivité, teintée de tout ce que tu es, peu importe qu’elle soit marginale ou carrément décalée. Tu acceptes ta nature changeante et refuses de te scléroser dans le socle immuable de la conformité. Tu t’exposes plutôt à cœur ouvert, en proie à la jalousie, à l’arrogance et à la critique, te nourrissant de ce qu’il y a de beau et ramassant au passage ce qui blesse profondément. 

 

Décidément, tu es radical. 

 

D’une telle démarche, on ne ressort pas indemne. Plusieurs ont sombré dans la folie, accablés d’incompréhension, d’excès, de souffrance ou de pauvreté. Tu le sais, tu affrontes chaque jour les mêmes démons. Mais la vocation est pure, et la récompense enviable : s’approcher, toujours plus près, de la vérité. 

 

Cher artiste, je t’aime parce que tu crées des ponts dans ce monde où la plupart des cœurs s’enferment et vouent leurs efforts à élever leur petite tour d’ivoire. 

 

Cher artiste, j’aime ta liberté et ta façon de la défendre farouchement. J’aime ta dévotion, ta résilience et ta patience. J’aime ton indiscipline, ton refus des idées préconçues et ta curiosité. J’aime ton avidité, ton altruisme et ta fausse innocence. 

 

Cher artiste, je t’aime parce que tu nous révèles les fondements de notre humanité. 

 

Cher artiste, ne change surtout pas parce que je t’aime à la folie. Et secrètement, je rêve d’avoir le courage de te ressembler.

 

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