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Chroniques // Éditorial

Édito

HOCUS POCUS

// Maude Labrecque-Denis - 28 nov. 2018

Numéro : Décembre 2018 / Janvier 2019

 

photo : Aron via unsplash

 

Le soin que nous mettons dans les choses que nous faisons leur insuffle une magie, j’en suis persuadée.

 

Bien faire est un rituel qui ne peut se presser; le temps qui fuit entre les doigts affairés se transforme en beauté. Ceux qui s’activent ne voient d’ailleurs pas le temps passer. Ils consignent une parcelle de leur vie, pour leur plus grand bonheur et celui d’autrui.

 

Bien faire est un acte généreux. Le repas cuisiné avec amour; la réparation du logis; cette couverture tricotée par grand-maman et imprégnée des odeurs de ceux qu’elle a réconfortés. Ces objets façonnés selon les techniques d’antan, gardiens de la mémoire et du temps.

 

Des sortilèges quotidiens meublent nos vies, imbus d’un pouvoir qui leur appartient. Et ils donnent un peu de leur magie à ceux qui en veulent bien.

 

Or, les temps sont durs pour les enchantements; on les utilise plus souvent qu’on les apprécie. Le bonheur, lorsque trop vite consommé, disparaît en fumée comme s’il n’avait jamais existé. Nos désirs incontrôlés consument le charme, et dans leur sillage laissent un grand vide jamais comblé. Partout dans le monde, hommes, femmes et enfants manufacturent des bidules en série qui ne plaisent pas à grand monde, finalement. Ils donnent leurs vies pour vivre, et nous les achetons pour faire semblant que nous vivons vraiment. Hocus Pocus! C’est l’illusion de notre société. Un quotidien trop rempli, le temps qui fuit; celui qu’au lieu de nous réapproprier, nous accélérons bêtement. Nous le savons, pourtant! Que nos corps vieillissent et qu’à force de nous maltraiter nous ne faisons que devancer la ligne d’arrivée.

 

Pendant ce temps, le système nous presse et nous presse encore, éternellement insatisfait de notre rendement. Il nous fait de faux cadeaux, ultimement destinés à retourner nourrir son insatiable appétit. Il punit, aussi. Parce qu’on a admiré les fleurs trop longtemps, parce qu’on a un peu trop pris notre temps; parce qu’on n’a pas envie, là, tout de suite, maintenant. Cette malédiction tourmente nos sociétés, enchaînant les âmes à des désirs qui ne les concernent pas réellement. 

 

Heureusement, notre temps nous appartient lorsqu’on le veut vraiment. Quand on prend ce dont on a besoin, ni plus ni moins, il reste tout plein de magie à partager avec ceux qui en ont aussi. 

 

Cette année, je nous souhaite de profiter de la magie du temps des Fêtes. De goûter chaque chose, de l’apprécier. De pratiquer l’art de vivre, l’art de bien faire les choses, l’art de bien manger. 

 

Et surtout, je nous souhaite de donner. De notre soin, de nos rires, de notre temps; parce qu’avec ceux que nous aimons, un petit bout de notre magie se transforme en fragment d’éternité. 

 

Joyeuses Fêtes!

 

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