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Chroniques // L'anachronique

Chronique

TEL UN NUAGE DE POLLEN

// Philippe Marquis - 4 juil. 2018

Numéro : Juillet-Août 2018

 

photo : Alex Jones via unsplash

 

Le vert attise les regards. Ses éclats chauds et vigoureux excitent nos esprits. Le ciel bleu flotte sur les vagues des lacs et rivières libérés. Les arbres se balancent doucement, fidèles à leur nature. 

 

C’est ce moment : la vie est en vie! C’est l’été mes amis! Les oiseaux passent du nid à l’envol. Les fruits murissent. Il en va ainsi pour tout être se nourrissant de terre, d’eau et de lumière… pour tout ce qui veut vivre en paix.

 

Le soleil chauffe nos réalités, enfin! Car l’hiver a été dur et long. Si dur et si long… il est terminé maintenant, il fuit des mémoires. Un autre viendra, sans aucun doute. Et je sens, confusément, qu’il sera glacial comme une colonne de chiffres, mordant comme une fausse nouvelle, étendu comme une frontière sans nom. Cette frontière imaginaire qui se referme sur nous.

 

Il n’y a donc pas un rayon à perdre, pas un sourire à éviter. C’est le temps où jamais de fleurir, fructifier puis engranger. Le temps pour toujours… Ne sommes-nous pas censés être ici pour la suite du monde? 

 

Lâcher son fou, tel un nuage de pollen… S’inspirer du vivant, y plonger jusqu’à l’ivresse. Ouvrir grandes nos portes et fenêtres pour polliniser les pensées mécanisées. Faire exister les possibles. Se servir de nos ailes, de tous les vents pour amender le terreau du présent. Puissions-nous croire! 

 

C’est, tout de suite, le meilleur moment d’être féconds. De donner suite à nos rêves. D’aller vers nous, partout. De butiner de village en village, de maison en maison, de campement en campement, de feux de camp en feux de camp. S’abreuver au nectar de tout un chacun, se charger des désirs insoumis. Puis sourire en marchant sous la pluie.

 

Rejoindre les fêtes de village, les festivals, les rassemblements de toutes raisons. Il n’y a qu’à s’y laisser couler. Le temps de nous lier, de figurer ensemble ce qu’il y a à changer, de se dire qu’on le fera à plusieurs, que ça sera mieux et plus fort ainsi. Si on manque de temps, comprendre qu’on se reprendra l’été prochain, aussi loin puisse-t-il être. Se presser d’arriver nous prive du plaisir de voyager… Délions-nous, le temps du présent, des cordes qui nous attachent au « possible ». Les fruits de nos réjouissances en souriront d’autant.

 

Quand donc viendra cette récolte? Personne ne le sait… Mais, pour qu’elle vienne, pour qu’elle y soit, pour qu’elle devienne, on doit y œuvrer en échangeant, en s’appréciant. En semant partout ce que nous avons de meilleur, notre humanité.

 

Et que rapportera-t-elle, cette récolte? Rien! Elle ne génèrera aucun intérêt dans aucun compte. Elle n’ensoleillera aucun paradis fiscal et ni ne fera grimper aucun indice boursier. Nous en tirerons des chansons enjouées, des musiques pour danser, des rires par milliers, des tableaux vivants et ondulants comme des prairies, des poèmes enivrants… tout l’art d’exister qu’il est possible d’imaginer.

 

Nous cueillerons l’envie de vivre, juste l’envie de vivre l’été à présent. Ce sera ça, déjà beaucoup pour passer l’hiver.

 

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