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Chroniques // L'anachronique

Chronique

Moins catholique que François…

// Philippe Marquis - 30 mai 2018

Numéro : Juin 2018

 

Fonds Louis-Philippe Martel 08-Y,P88,P31 - Lac Abitibi : visite de la famille Fortin de Palmarolle à la mission vers 1950.
photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

 

Mes ancêtres entreprirent l’exploration de ton territoire, il y a environ 350 ans. Les tiens y vivaient depuis au moins 20 fois plus longtemps. Vous étiez ici avant que la Bible soit inventée! On commença alors à vous échanger des objets dérisoires contre des peaux. Tout était là, déjà : le commerce et l’exploitation. 

 

Vous avez servi de guides aux expéditions vers le nord, mais deviez tout de même rapidement comprendre que les peaux valaient davantage que des cossins. On vous en donna alors plus pour elles, dont des fusils ou de l’alcool. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de castors, de renards, de pékans, de carcajous et autres furent sacrifiés au profit de la traite des fourrures. Il dut y avoir alors des anciens et des chamans pour prophétiser des dangers... Nous faisions nos premiers pas vers votre conquête.

 

Comme depuis le début de la prise des Amériques, on envoya des missionnaires pour vous évangéliser. Ils ont amorcé le travail nécessaire pour vous apprendre à ne plus croire en votre esprit. Dans les années 1800 de notre calendrier, les postes de traite poursuivirent leurs très payantes activités. Vinrent ensuite les scieries. Des armées de bûcherons prirent d’assaut les forêts de grands pins. Et les colons, sans mauvaises intentions, défrichèrent ces terres que vous arpentiez depuis des millénaires. Commerce du bois, exploitation forestière et profits pour les papetières. Le chant des oiseaux, les paroles de la forêt, vos rêves prémonitoires devenaient sans valeur, seuls le Bon Dieu et l’argent en avaient. On vous apprit des prières en série comme on produisait toutes les choses qui vous civiliseraient. Vous qui êtes de tradition orale, on vous montra à lire… une langue autre que la vôtre.

 

Puis vinrent les plans de colonisation et l’accaparement de tout le territoire. Des rivières impraticables à cause du bois qu’on y faisait flotter, les villages érigés par dizaines autour des clochers, nos lois et toujours nos curés… Le temps passa, les machines s’affinèrent, on ouvrit des mines et la forêt recula. Nous vous avons fait retraiter jusque dans des réserves. Ces terres, qui n’ont fait l’objet d’aucun traité, sont désormais sous la gouvernance du grand esprit du développement économique.

 

Et on enleva et emprisonna vos enfants dans les pensionnats. On leur coupa les cheveux, changea leurs vêtements, les empêcha de parler votre langue et leur montra à prier en latin. Éloignés de leurs parents et des communautés pendant des mois et vous nous apprenez, maintenant, qu’il y eut encore bien pire… Pour moi, faire ça, c’est infiniment plus criminel que tout ce que le peuple québécois a pu subir depuis les débuts de la Nouvelle-France. 

 

Lorsque je te rencontre, je suis gêné de tout ce que je viens de raconter. Je sais être moins catholique que le pape, mais je te demande pardon. 

 

Je sens aussi que vous vous relevez lentement… Il me reste, à présent, à vous soutenir pour l’avenir.

 

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