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Chroniques // L'anachronique

Prendre soin

// Philippe Marquis - 2 mars 2018

Numéro : Mars 2018

 

photo : Burst

 

« Prends soin de toi! » Ce souhait résume tout l’attachement qu’on peut porter à quelqu’un. Il souffle, tendrement, de faire attention à soi. C’est doux et plein d’affection.

 

Dans les années 1960, les soins de santé étaient la première cause d’endettement des ménages au Québec. Des familles se sont ruinées pour faire soigner un des leurs. Seuls les plus riches avaient accès aux médecins et aux hôpitaux. Voilà pourquoi nous nous sommes donné un système public de santé. On a alors décidé, collectivement, de prendre soin de nous.

 

Toutefois, depuis un peu plus de 25 ans, nos investissements en santé sont devenus des dépenses dans la bouche de nombreuses personnes, dont la majorité de nos dirigeants. Ce sont souvent les mêmes qui clament que l’on paie trop d’impôt. Et elles ne sont pas parmi les plus pauvres… Leur raisonnement : plus on coupera dans les dépenses et moins on paiera d’impôt.

 

On a fait subir, dans cette logique, de nombreuses compressions et réformes à notre système de santé depuis le début des années 1990. Elles devaient toutes permettre d’améliorer la productivité et l’efficacité du système. Aucune n’a réellement atteint ces objectifs. Pire, les malaises s’amplifiaient chez les travailleuses de la santé (car ce sont en grande majorité des femmes).

 

En 2014, Gaétan Barrette devient ministre de la Santé. Il y a trois ans, lorsqu’il propose sa solution, on la critique de partout. Mais les oppositions sont ignorées et la réforme Barrette est adoptée avec le désaccord de l’ensemble des acteurs du système.

 

Pour moi, il n’y a rien de tel que ne pas écouter ses partenaires si on veut qu’un projet collectif ne fonctionne pas. Évidemment, ce n’est pas l’avis du ministre dont la façon de faire n’apparaît ni douce ni pleine d’affection...

 

Il a donc imposé la fusion des établissements de santé dans d’immenses ensembles appelés centres intégrés de santé et de services sociaux (CISS). Les structures changent, mais les problèmes demeurent. Un cadre, qui veut conserver l’anonymat, me parle plutôt de confusion et de centre désintégré. Mais jamais il ne le dira publiquement… En effet, une loi du silence menace de sanctions quiconque nous avertit que notre système public de santé est malade. Faut le faire quand même!

 

Heureusement pour nous, les infirmières défient l’omerta. Elles crient haut et fort qu’elles sont à bout de souffle. Je salue leur courage et les félicite de nous alerter. Il était grand temps. Car si ces personnes, à la base des soins, sont au bout du rouleau, c’est peut-être que l’ensemble de la machine l’est également.

 

Nous avons une profonde réflexion à faire sur toute la façon de nous soigner. C’est primordial! Elle doit permettre d’écouter les propositions des personnes travaillant à la base du système. Si les infirmières désirent de meilleures conditions de travail, c’est pour mieux prendre soin de nous.

 

Il faut les encourager à poursuivre. Car on ne saurait revenir au temps où les religieuses jouaient leur rôle…

 

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