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Chroniques // Région intelligente

Post-vérités et territoire

// Michel Desfossés - 30 janv. 2018

 

Contenu augmenté... Qui incarne mieux l’ère de la post-vérité que le président? Quand c’est une personne occupant un poste aussi important qui symbolise un tel concept... ça va pas ben!

 

Ladies and gentlemen, sélection musicale de Félix B. Desfossés, the Minister off Super Heavy Funk... James Brown!

 

Funky President (People it’s Bad)

 

 

 

Quel sera le terme, le mot-clic qui aura marqué l’année 2017, selon vous?

 

Vous me direz #metoo, #moiaussi, #balancetonporc probablement.

 

Alors, qu’est-ce qui garnira la novlangue en 2018?

 

Permettez-moi un petit retour sur 2016 que je vous fasse part d’une intuition.

 

Fin 2016, le très sérieux dictionnaire Oxford a décerné le titre de mot international de l’année à un nouveau terme : la post-vérité.

 

Selon Le Point.fr, les premières occurrences de ce nouveau buzzword apparaissent en 1992, mais son utilisation aurait fait un bond de 2000 % entre 2015 et 2016!

 

Explications du porte-parole de l’auguste société Oxford, Casper Grathwohl : « La fréquence d’utilisation du mot a vraiment augmenté en juin 2016 avec le Brexit et puis à nouveau en juillet, quand Donald Trump a obtenu l’investiture présidentielle du Parti républicain. »

 

Ah, ben voilà! On l’a échappé belle! Pas de problème, pour nous. C’est le problème des Américains avec leur président à l’aura orangé.

 

Désolé de vous écrire ça, mais cette année 2018, qui en sera une électorale au Québec, il y a de fortes chances que nous aussi en Abitibi-Témiscamingue, soyons exposés à une bonne dose de post-vérités, notamment sur le développement régional et notre avenir commun.

 

Post-vérité?

 

Plusieurs philosophes et historiens estiment que la post-vérité tire ses origines des universitaires qui, dans les années 1970 et 1980, se sont mis à discréditer l’idée de vérité unique, lui préférant le concept d’objectivité.

 

Les gens de ma génération ont donc grandi avec l’assurance tranquille que chacun peut posséder sa vérité… tant que l’on fait preuve d’un chouïa d’honnêteté.

 

Exit donc, chez les intellectuels, la vérité unique, le « grand récit » partagé par des populations portées par un idéal commun.

 

Plus besoin donc que les citoyens se mobilisent dans de durs combats pour le développement de la communauté. L’État-providence et les élus portent les fruits de la démocratie et assurent les régions de leur volonté d’assurer le développement social et économique. C’était avant.

 

Mais voilà que mondialement, les grands consortiums privés forts de la croissance des golden years estiment pouvoir faire mieux en augmentant l’écart entre riches et pauvres. Le capitalisme se réinvente en vidant désormais nos gouvernements de toute leur substance, les rendant incapables socialement. Bienvenue dans le néolibéralisme!

 

Pendant ce temps, il ne s’est pas trouvé beaucoup de politiciens du centre, de droite ou de la gauche bobo assez transparents pour reconnaître que l’État québécois maintenant austérisé n’est plus en mesure d’accompagner le développement intégré du territoire et des personnes dans un dessein organisé collectivement.  

 

Les promesses électorales n’engagent que ceux qui les croient, disait l’autre candidement en début de mandat, il y a 3 ans.

 

Le grand récit est remplacé par le chacun pour soi, point. Trahies, les masses laborieuses n’y croient plus. Ne croient pas non plus les médias qui ont laissé rouler la cassette toutes ces années. Des médias qui ne sont plus capables de comprendre le monde dans lequel nous vivons parce que les sondeurs ne saisissent plus l’humeur citoyenne. Ils ne voient plus l’écho de projets collectifs sur leur radar.

 

Traités de fabricants de fausses nouvelles  par des détenteurs de la post-vérité, il ne reste plus à nos médias que la vérification des faits pour tenter de débusquer les conneries du premier twitteur levé et des pièges à clics  de Facebook. Désolé pour les anglicismes.

 

Le reste de l’histoire s’installe donc sur les cendres à peine refroidies de la désillusion envers le duo politiciens/médias.

 

Ça serait donc la fin de l’utopie générale. Fin de la nôtre aussi, notre utopie régionale, celle qui s’est construite en 50 ans à coups de gueule, de descentes dans les rues en janvier sous zéro?

 

Par défaut, on vient peut-être de trouver le prochain buzzword, j’ai nommé le contraire de l’utopie :

 

 #dystopieAT

 

Mais peut-être pas après tout… (une histoire à suivre)

 

 

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Références

 

Le Point, Pour en finir avec le concept de Post-vérité

 

Monde diplomatique, Politique Post-vérité ou journalisme-post

 

 

 

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