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Chroniques // L'anachronique

Le hasard pour présent

// Philippe Marquis - 7 déc. 2017

Numéro : Décembre2017/Janvier2018

 

Nos vies, organisées à outrance, ont tout pour nous couper de la vie.

 

Profitant d’un peu de temps libre présentement, je ne peux que percevoir les barreaux dressés entre nous. Ils n’ont rien de matériel. Une prison, intégrée dans nos intimités, nous isole de la part de merveilleux offerte naturellement par les coïncidences! Nous sommes détachés de nos rythmes. Notre être s’harmonise de moins en moins tant avec l’autre qu’avec soi.

 

Un simple exemple pour m’expliquer. Nous, les humains, sommes des mammifères au même titre qu’un lynx, un écureuil ou un cheval. Or, ceux-ci, à l’arrivée de l’hiver, ralentissent leurs activités. Le soleil s’absente, la nature gèle et beaucoup hibernent.

 

Nous sommes aussi faits ainsi, mais nos activités ne se modèrent en rien. Au contraire : les enfants vont à l’école, le neuf à cinq nous prend au lasso et le quotidien nous malmène. Le même horaire, pratiquement les mêmes gestes, les mêmes loisirs et le même parcours pour aller travailler. Ce qu’on appelle la routine.

 

Nos journées s’allongent à contrario des heures d’ensoleillement. Nous sommes essoufflés au solstice d’hiver. Noël passe de fête à source de stress. En migration vers le printemps, voilà qu’advient la dépression saisonnière de mars. Les plus fortunés s’en sauveront en s’endettant pour le Sud. Les autres, quant à eux…

 

Tout est prévu, tout se calcule, notre temps est compté. Nous sommes formatés. Il n’y a rien de naturel à cela. Pour nous enraciner solidement à la communauté, nous avons besoin de rencontres nombreuses et variées. Il nous faut du temps pour parler à l’autre, le comprendre et apprendre de lui. Sans ces conditions, notre espace devient aussi pauvre qu’un sol qu’on aurait bourré d’engrais chimiques des années durant. Une terre ainsi exploitée est vide de vie. Notre quotidien comme notre planète en font tout autant.

 

Que faire? Se laisser aller autant que possible! La manière dont on aborde alors la journée devient tout autre, sans bousculade cérébrale. Une rencontre imprévue n’est plus un obstacle pour empêcher d’arriver à temps, mais une rencontre. Et pourquoi prendre toujours le même chemin? Pourquoi s’assoir toujours au même endroit et avoir toujours le même point de vue? Pourquoi trainer l’odeur ennuyante du quotidien, alors qu’il est possible de le parfumer de nouvelles opportunités?

 

Vous déambulez en suivant votre instinct. Le souvenir d’une connaissance traverse vos pensées comme une feuille tombe d’un arbre. Au moment de franchir une rue, cette personne vous salue en souriant. Oui, c’est bien le fruit d’un drôle de charme. Il tombe de l’arbre sans qu’on sache pourquoi et atterrit au bon endroit. Je sais que vous avez gouté, de différentes façons, à des moments de ce genre. Cela advient davantage lorsque l’esprit se libère, quand la routine est cassée.

 

Pour Noël, bien sûr, mais surtout pas seulement pour Noël… à l’avenir, je nous invite à nous offrir le hasard pour présent!

 

Joyeuses surprises et bonne année!

 

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