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Chroniques // L'anachronique

En scène

// Philippe Marquis - 28 sept. 2017

Numéro : Octobre 2017

 

Ça y est, tu es en scène. Cela se passe à l’instant. Des personnes assistent au concert, au vernissage, à la projection, au dévoilement, à la pièce de théâtre : à cet évènement où tu oses te mettre de l’avant. Leur présence te rend nerveux ou te transporte. Il se peut qu’elles contribuent à l’aboutissement de toute une vie ou, simplement, à une autre étape de ton chemin. Voilà que tu t’exposes au monde.

 

Les humains présents, qu’ils soient une poignée ou des dizaines de milliers, sentent ton énergie, ton charisme, ou leur absence. Leur attention pourrait être distraite par un facteur extérieur ou une erreur technique. C’est ce qui fera la différence pour certains regards. D’autres se laisseront porter par l’énergie de la création dont tu es l’instrument. Il s’agit, maintenant, de les soulever!

 

Tu meurs de trac. Les heures de sommeil se font rares ces derniers temps. L’appétit ne vient plus et la nausée se fait insistante. Le contraire peut être tout aussi vrai : une tranquille confiance t’habite entièrement parce que tu te réalises.

 

Tout ce qui t’a précédé, ce que tu as vécu et répété, toutes ces heures consacrées à ton art, à ta passion, culminent ici… pour ce temps. Il y aura un après, voilà qui est certain. Ce n’est pas la fin du monde et ce peut être le début d’autre chose. Pour l’instant, si ce sont tes premiers pas et si tu n’es pas blasé, il est difficile de songer à ce qui viendra par la suite. Tu es présent, c’est tout.

 

Mais pourquoi au juste? Pour l’argent? La reconnaissance? Le pouvoir? La gloire? Parce que tu obéis à ton essence même et que rien ne peut t’empêcher de répondre à cet appel? Les raisons peuvent être multiples, mais il te faut savoir pourquoi. Mon frère Claude me parle souvent de l’importance de « comprendre la motivation de l’action ». Cela dit tout. Être sincère avec toi permet de l’être avec ceux à qui tu destines cet instant.

 

Évidemment, on ne verra pas les pleurs, les sacrifices, les espoirs, les joies, les déceptions, les obstacles surmontés, les craintes ou les progrès t’ayant mené jusqu’ici. Il n’y a que toi… Il se peut qu’on ne s’arrête qu’à ton image. C’est tout ce qui semble compter ces temps-ci. Il pourrait y avoir extase et adulation, les éclats de voix et les applaudissements. L’effet contraire est tout aussi possible : fin du contrat, endettement et plongeon dans la dépression. Tu prends le risque de créer ce moment, de te mettre à nu et de le faire avec la foule, quel que soit son nombre, qui t’accompagne.

 

Je t’invite à y aller, à ne pas hésiter, à monter sur cette scène, quelle qu’elle soit, à y être si tu le désires tant et tant. Je t’invite à te réaliser. Et puis, pour le reste, pour les critiques et pour la suite, ne t’en fais pas. Le plus important est d’être comme tu l’entends. Comme le disait Léo Ferré, dans l’Opéra du pauvre : « Sois toi, tu n’es que toi! »

 

 

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