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Chroniques // L'anachronique

Être...

// Philippe Marquis - 30 août 2017

Numéro : Septembre 2017

 

 

La scène est prête, les tests de son ont eu lieu dans l’après-midi. Tout semble bien parti. Il se pourrait qu’il pleuve dans la soirée, mais pas des clous. La foule devrait passer au travers… On pense que la fête rentrera dans son argent. C’est la seule chose qui compte : pas faire de trou et pouvoir refaire le « coup » l’an prochain.

 

Il y a des dizaines et des dizaines de bénévoles. Au montage, au démontage, à la sécurité, aux bars, à l’accueil, à l’animation, aux premiers soins ou ailleurs, ils sont partout. Presque personne n’est payé. Des commanditaires de toute la communauté participent. Des entreprises prêtent des équipements et parfois même du personnel. Un épicier a déjà ouvert ses réfrigérateurs une année où on a manqué de bière. C’est tout dire. On fait cela pour aider, juste pour le plaisir. Si toutes ces âmes volontaires et souriantes n’étaient pas là, rien ne se ferait.

 

Les jeunes familles arrivent à l’ouverture des portes tout comme moi. Il y a des poussettes partout. De petites et de grandes chaises pliantes s’installent sur le site. Les enfants, excités, se courent après. Le ciel grisonne un peu, mais la foule, qui grossit sans arrêt, est lumineuse. Une présentatrice apparait sur le plateau. Elle salue le monde, donne quelques consignes, lève son verre, puis ouvre le bal.

 

Le premier groupe se donne « à fond Léon », ses membres sont de la place et leurs admirateurs s’agglutinent autour du stage. Je suis installé à l’arrière avec un vieux chum, fin soixantaine, que je n’avais pas vu depuis plus de vingt ans. Nous dégustons l’ambiance avec délice. À la fin de leur prestation, chaudement applaudie, la place est pleine aux trois quarts.

 

Des gens de partout, de toute classe, de tout âge et de toute origine s’éclatent. Il y a des accolades, des rires, des poignées de main et des jases à n’en plus finir. Des couples, jeunes ou vieux, se câlinent; de jeunes mères festoient pendant que leurs chums s’occupent des enfants. Les plus vieux, parmi ces derniers, se lâchent lousse dans la foule pacifique. Le deuxième groupe débute. Des odeurs de bière, d’herbe et de friteuse flottent tandis que les portables, les colliers et les souliers fluo constellent l’endroit maintenant noir de monde.

 

Mon vieil ami jubile et boit joyeusement! À un certain moment, lorsque la lune se lève, il parcourt le lieu de son regard d’ainé attendri. Les yeux larmoyants, il me confie : « J’pensais jamais voir autant de monde. On dirait une fête de village, comme dans le temps, mais avec cent fois plus de monde! Pas de bataille, pas de problèmes, tout est tranquille! J’pensais qu’avec toutes les affaires électroniques, on aurait eu ça. Ben, tant mieux, j’me suis trompé! Y’a rien de plus humain que de faire la fête. Quand les autres sont là, c’est là que j’me sens le mieux. Regarde comme le monde est heureux à soir! »

 

C’est ça. Rien que ça. Il n’y a rien de plus humain qu’être… ensemble! Qu’être en paix ensemble!

 

C’est pas si dur à comprendre, il me semble.

 

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