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Chroniques // L'anachronique

Changement

// Philippe Marquis - 2 mai 2017

Numéro : Mai 2017

 

Le printemps s'éveille
photo : LM

 

Des plants de tomates poussent derrière les fenêtres. Ils poussent vers l’été avant, bien avant de porter leurs fruits. Le temps venu, on ouvrira les portes et ils pousseront dehors avec la chaleur bien installée.
 
Le petit espace vert mal entretenu derrière chez moi n’est plus le même que l’an dernier. Le lilas a grandi et il faudra tailler des branches au bouleau jaune, à moins de changer la corde à linge de place. L’herbe folle, quant à elle, s’est écrasée sous la neige. Elle redeviendra folle avec un peu de pluie et le souffle chaud du vent. La ruelle aussi se transforme : les plantes s’y déploient en plus grand nombre, chaque année, et le voisin a peinturé son vieux garage.
 
Je sors de ma cour pour prendre l’air. Les sentiers pédestres, autour de la ville, se sont refaits. C’est vrai que ce sont les mêmes pistes. Toutefois, si l’on regarde ailleurs qu’à ses pieds, on sent qu’elles se sont modifiées. C’est tout en subtilité, en douces nuances. Mais les sons, les odeurs, la lumière diffèrent de ceux d’avant l’hiver. La nature est constamment en mouvement. Elle prend son erre d’aller lorsqu’on la laisse aller...
 
Tout de suite, on sème des visions pour l’automne...
 
Cet enfant qui n’entre plus dans ses souliers de l’an dernier. Le peuplier devant la maison qui fait maintenant ombrage à la galerie. Le corps qui vieillit, la ville qui gagne des habitants, la rivière en crue, l’épidémie de chenilles... Les nuages dans le ciel qui ne sont jamais, jamais les mêmes...
 
Rien n’est plus naturel que la transition d’un état à un autre, d’une saison à un autre, d’un moment à l’autre. La vie, celle qui vit, se transforme sans arrêt. Elle se déplace sans cesse dans un bouleversement, doux ou violent, perpétuel.
 
Comment se fait-il alors que nous semblions si récalcitrants au changement? Parce que nous faisons du surplace dans nos univers contrôlés? Pour éviter de bousculer le quotidien dans lequel nous sommes cloitrés? Peut-être est-ce parce que nous sommes
détournés de notre nature. Cela semble si dérangeant que l’utilisation du mot «changement» en politique va passer pour révolutionnaire...
 
Mais c’est plus qu’un slogan : sortir de sa coquille. Regarder au-delà de ses pas. S’ouvrir et accepter la mutation pour ce qu’elle est : le passage normal vers un autre état. Bien plus normal qu’une baisse d’impôt. Il est question de vivre, ici, pas de changer pour mourir, mais de vivre. Et de vivre mieux, par-dessus le marché! 
 
Les arts se réinventent sans cesse. Est-ce pour cette raison que les artistes semblent faire peur? Parce qu’ils ont l’habitude du déséquilibre? Je sens parfois ces regards stupéfaits lorsque je présente des camarades créateurs à d’autres, disons, plus conservateurs. Voir ainsi une personne s’animer en parlant de son art les laisse sans voix.
 
Pourtant, transformer la matière, repousser ses limites n’est pas seulement possible: c’est aussi naturel qu’un arbre qui donne des fruits.

 

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