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Chroniques // Société

Parler du féminisme tant qu’il le faudra

// Sylvie Nicole - 28 févr. 2017

Numéro : Mars 2017

 

 

Parler du féminisme est redevenu essentiel. L’arrivée de Trump à la tête des États-Unis, d’une part, et la montée de la droite, d’autre part, nous rappellent que les droits et les acquis des femmes sont encore et toujours précaires, cibles de diverses idéologies.

 

Bien entendu, il y en a qui, comme moi, n’ont jamais vraiment arrêté de voir dans le féminisme une force de résistance créative. Les derniers mois ont stimulé la fibre de vigilance, et les femmes sont au premier rang pour sonner l’alarme lors de possibles dérives. Les manifestations qui se sont déroulées dans les villes aux États-Unis ainsi qu’ailleurs dans le monde témoignent de la nécessité et de la vitalité du mouvement des femmes.

 

Cet éditorial se veut une occasion pour souligner les 25 ans du Centre Entres-Femmes de Rouyn-Noranda. Une occasion pour déboulonner quelques mythes et préjugés, le temps de bien ancrer nos pieds dans le sol, de se redresser le dos, les épaules, et dire calmement en souriant: «Je suis féministe.»

 

Je suis féministe. Je fais partie d’un large mouvement où la diversité tant des appartenances que des visions est considérée comme une force précieuse qui permet à l’humanité d’évoluer.

 

Dans un premier temps, le féminisme a permis de combattre des inégalités,  ce qui a mené à des changements de première importance : avoir le droit de vote, être considérée comme une personne, pouvoir avoir son propre compte de banque et avoir le droit de s’instruire.  Si nous tenons cette égalité en droit pour acquise ici, au Canada, n’oublions pas que ce n’est pas le cas partout sur notre belle planète.  Empêcher un recul ici préserve et soutient les luttes pour la reconnaissance de ces mêmes droits ailleurs dans le monde.

 

Vint ensuite une vague de revendications pour la reprise du pouvoir sur notre corps.  Le droit d’avoir des enfants que nous désirons lorsque nous le désirons.  Le droit de sortir en sécurité et d’aimer, d’avoir une vie sexuelle libre sans la peur d’être agressée.  Vivre en sécurité et sans violence. Bon, avouez, là-dessusil nous reste du chemin à faire. Ainsi, la possibilité pour chaque femme de faire ses choix, par et pour elle, devient menacée par des législations contraignantes.

 

Toutefois, il faut reconnaitre l’ampleur du chemin parcouru grâce à l’engagement et à la détermination des femmesdurant les dernières décennies. Le féminisme s’est enrichi de l’apport de multiples mouvements. Tenir compte des revenus et des privilèges reliés au statut économique devenait partie intégrante des préoccupations féministes. La Marche Du pain et des rosesest un bel exemple d’une analyse qui élargit sa portée. Dans les syndicats, les mouvements sociaux ont veillé à ce que l’égalité aille de pair avec l’équité.Salariale, entre autres.Dans la foulée des manifestations pour les droits civiques,les féministes afro-américaines ont pointé les privilèges des féministes blanches.Les prises de conscience des discriminations culturelles et raciales se font un chemin dans les enjeux de libération. 

 

Les lesbiennes ont explicité les contraintes de l’hétérosexualité.Ainsi, l’analyse féministe de l’oppression des femmes aélargi son spectre à l’analyse de l’idéologie patriarcale qui confine les hommes et les femmes à des stéréotypes de genres.

 

Malgré tout ce travail d’ouverture et d’inclusion, le féminisme demeure une cible facile aujourd’hui.  Une des premières mesures des républicains de Trump et des conservateurs de Harper fut de couper les fonds aux organismes de coopération internationale qui faisaient du planning familial l’une de leurs priorités. Il importe également de savoir que ces mêmes organisations ont une vocation éducative importante.

 

Je ne compte plus les fois où j’ai dû défendre la pertinence du mouvement féministe, même avec des personnes progressistes qui considèrent que l’égalité et l’équité sontacquises.Plutôt que de voir les lieux de convergence et de luttes communes, on critique les quelques espaces où les femmes affirment le besoin de se rencontrer sur cette simple base. La question de la non-mixité devient une façon de pointer la discrimination que les hommes rencontrent dans le mouvement des femmes. On en oublie combien de lieux communs nous partageons.

 

La reconnaissance des privilèges peut nous motiver à faire en sorte que nos semblablesaient accès aux mêmes droits. Il y a quelque chose de magique dans le partage : ça ne nous enlève rien.Le Centre Entre-Femmes est un bel exemple de cette réussite. Depuis les 25 dernières années, le Centre a actualisé son implication auprès de nombreux groupes sociaux, travaillant ainsiau développement de la solidarité et de changements sociaux. Engagées dans la mouvance communautaire, les actions du Centre Entre-Femmes se déclinent sous diverses formes : de l’action directe en passant par le travail d’éducation et de conscientisation ainsi que par l’écoute et le soutien. Un travail qui transforme le JE en NOUS. Un engagement à rendre politique ce qui restait derrière les portes closes.

 

Oui, je suis féministe et ce qui me réjouit, c’est de pouvoir l’affirmer avec d’autres. Nous sommes féministes. Et pour paraphraser Hélène Pedneault, nous sommes plusieurs dans la salle!(Référence aux chroniques inspirantes que cette dernière a publiées dans la revueLa vie en rose.)

 

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