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Chroniques // Économie

Chronique économie

Économie de Walmart

// Ulysse Rivard-Desharnais - 2 déc. 2016

Numéro : Décembre 2016 -Janvier 2017

 

Centre commercial à Hong Kong
photo : Ariane Ouellet

 

Ça y est, les arbres sont complètement nus, le mercure est à la baisse et il fait noir avant le souper! Ce qui signifie l’arrivée prochaine du temps des fêtes et qui dit Noël dit cadeaux et achats. C’est aussi une période de sensibilisation à la consommation locale qui, malgré des efforts louables, reste un phénomène marginal. Pourtant, la majorité des gens sont en accord avec ces principes, on comprend bien les avantages tant économiques qu’écologiques de la généralisation de l’achat local et pourtant bien peu le font. Et de toute manière, seul un tout petit nombre de biens de consommation sont produits localement. Qui a déjà entendu parler d’un four micro-ondes « made in Abitibi »?

 

Cela semble impensable pour une raison bien simple : le prix. La loi de l’offre et de la demande serait à l’économie ce qu’est à la physique la loi de la gravité, une réalité implacable. Vraiment? Je vous ai déjà parlé de la dette. Voyons le rôle que l’endettement généralisé de la société (état, ménages et entreprises) joue sur le mécanisme de fixation des prix. Commençons d’abord par se souvenir que dans le monde d’aujourd’hui, la presque totalité de l’argent est créé, non pas par la puissance publique, mais par les banques privées, à partir de rien, par le mécanisme du crédit bancaire.

 

Quel est le lien entre la dette et le prix des choses? Prenons un exemple précis et élargissons-le ensuite à l’ensemble de l’économie afin d’en comprendre la portée. Une entreprise qui produit un bien, un four micro-ondes par exemple, et qui a dû emprunter pour financer ses activités devra nécessairement intégrer au prix de sa production le prix de sa dette, et donc augmenter ses prix.

 

Inversement, le consommateur moyen n’a lui aussi d’autre choix que de recourir à l’endettement pour ses achats importants (maison, voiture, etc.). De plus, chaque contribuable doit sacrifier une part de ses impôts au service de la dette publique. Il voit donc son revenu réel amputé significativement par le paiement d’intérêts sur des dettes multiples.

 

Nous avons donc d’une part des prix gonflés par la dette et des consommateurs aux revenus diminués par la dette. Selon vous, quel type de productivité un tel environnement économique avantagera-t-il? Une production de biens bon marché, de piètre qualité, mais fabriqués en masse par de grandes entreprises. La plupart d’entre nous voudrait acheter des biens de meilleure qualité, plus durables et si possible fabriqués près de chez soi, mais nous n’en avons simplement pas tout-à-fait les moyens. Et soyons réalistes : dans un monde imbibé de publicité et valorisant la consommation de masse, pouvons-nous réellement espérer que la population réduise volontairement et significativement sa consommation afin de soutenir les entreprises d’ici?

 

Si nous souhaitons voir un jour fleurir une véritable économie locale et durable, il nous faudra bien s’attaquer aux mécanismes cadenassant les règles économiques qui produisent une économie de type Walmart. Ramener dans la sphère publique le pouvoir de la création monétaire. Retirer aux banques le pouvoir absolu de créer l’argent et ainsi diminuer drastiquement le niveau des dettes, qui ne seront de toute manière jamais remboursées.

 

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