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Chroniques // Éditorial

Ce qui bouillonne n'hiberne pas

// Jenny Corriveau - 25 oct. 2016

Numéro : Novembre 2016

 

Jenny Corriveau

J’ai de la chance, je suis aux premières loges. Je dois, dans le cadre de mon travail, éplucher les diverses programmations d’activités culturelles, et y assister, aussi. Tristes et lourdes, ces tâches connexes. (Lire cette dernière phrase avec un ton aigu de sarcasme et de satisfaction).

 

En rassemblant les événements de la région pour fignoler le calendrier culturel de novembre, j’ai été frappée par la quantité et la diversité des activités proposées chez nous. Je l’ai déjà dit, ça bouillonne par ici ! Arts visuels à profusion, théâtre, shows métal, classique, punk, folk, rock ou pop, danse, improvisation, conte, opéra, cinéma, cercle de lecture et j’en passe. Les festivals sont peut-être moins nombreux ou, du moins, ils ne sont pas simultanés comme en saison estivale, mais y a-t-il moins d’événements culturels pour autant ? Je ne crois pas. Laissez-moi démentir l’adage qui dit que les régions s’éteignent.

 

La Biennale d’art performatif s’est fermée sur les divers lancements de saison d’improvisation des ligues de la région. Au Salon régional des générations s’ajoutent le Festival international du cinéma de l’Abitibi-Témiscamingue et son petit frère, le Festival de cinéma des gens d’ici qui s’est déroulé le mois dernier, par-dessus moult événements se déroulant aux quatre coins de la région. Nous recevons des premières de film, des groupes d’ailleurs viennent lancer leurs albums ici et d’autres d’ici, qui rayonnent ailleurs, reviennent à la maison pour leurs lancements, parce que c’est ici que ça commence, et ici que ça vit.

 

Toi, sors-tu voir des expositions ? Marches-tu dans les rues de ta ville pour y contempler les traces du mouvement CULTURAT ? Fais-tu garder ta marmaille pour aller gâter ta rétine et ta cochlée dans un bon show ou, encore mieux, l’emportes-tu avec toi ? L’œil et l’oreille d’un cultivé, ça se développe très tôt, tu sais ! Éduquer son enfant à travers l’art, de l’art d’adulte. Éveiller ses sens sans l’infantiliser. Ouvrir son esprit comme on nourrit le nôtre. Faire vivre la culture, en la valorisant, en la consommant.

 

« Y’a rien à faire icitte »

 

Si je scandais ces mots en 2000, les entendre aujourd’hui, même murmurés, me fait remonter le souper, grincer des dents et saigner des oreilles. (Lire cette dernière phrase avec un ton aigu de sérieux et d’insatisfaction.)

 

En août dernier, Philippe Papineau de la revue L’Actualité a fait un glorieux portrait de la scène musicale témiscabitibienne : « Il doit y avoir quelque chose dans l’eau là-bas ; l’agenda musical des villes de cette vaste région de l’Ouest québécois est fort rempli, bien plus que ne pourrait le laisser présager sa population d’environ 150 000 habitants. […] Un peu comme un jeune adulte qui veut tout apprendre, l’Abitibi s’organise pour nourrir sa curiosité. » Dans le même article, le journaliste s’entretenait avec Félix B. Desfossés, personnage bien connu de la scène culturelle de la région. Lors de l’entretien, Félix constatait une concentration « anormale » de rendez-vous, et disait croire que ces nouveaux piliers culturels sont en quelque sorte les rejetons du grand Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue qui fête, au moment même où vous lisez ces lignes, ses 35 ans. Merci messieurs Parent, Dallaire et Matte ! Merci, et bon trente-cinquième !

 

En revenant m’établir en Abitibi-Témiscamingue, je craignais souffrir de carence culturelle. Le fait est qu’actuellement, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Par exemple, le samedi 5 novembre, je devrai être à Rouyn-Noranda pour assister au spectacle d’improvisation au bénéfice de L’Indice bohémien « Journal en cours d’improvisation », organisé par la solidarité des improvisateurs culturels de l’Abitibi-Témiscamingue (autoplug-bohémienne) où je rirai à gorge déployée et serai fière de l’initiative des ligues de la région qui ont répondu au défi lancé par le FRIMAT il y a quelques semaines de ça. En plus, l’événement est organisé de 18 h à 20 h, pour laisser le public assister à toute la diversité culturelle. Donc ce soir-là, après le match, je virevolterai entre quelques expositions où je gâterai mon imaginaire, le lancement du nouvel album de Louis-Philippe Gingras où je m’abreuverai de folk trash et poétique, le show des Planet Smashers où je redeviendrai adolescente l’espace d’une soirée et le Rocky Horror Picture Show, l’incontournable Halloweenien. Tout ça, en un soir, dans une seule ville de la région. Trop, c’est comme pas assez ? Oh non !

 

Faire des choix déchirant où se contraindre culturellement ?

 

Avec cette offre culturelle digne des régions plus centrées, nous sommes dans une situation où nous devons faire des choix. Parfois déchirant, mais nous avons le choix ! Je préfère de loin être déchirée entre deux événements qu’être contrainte à une seule activité, qu’elle m’intéresse ou pas. La population est si impliquée, si motivée, si crinquée, que nous, lointains Témiscabitibiens, nous avons le luxe de sélectionner nos activités. Dans ta pipe, urbano-bucheron qui nous croit Cro-Magnon ! Comme m’a récemment dit une amie, faisant référence à notre offre culturelle luxuriante : « On utilise souvent l’expression Rock On mais ici, on dit plutôt : On Rock ! »

 

Je suis fière de notre région. Je suis fière de ne pas avoir à m’exiler pour me divertir. Je suis fière de sortir de chez moi pour consommer ma culture, je suis fière de la consommer chez nous et surtout, je suis fière quand, en sortant, j’aperçois des visages amossois, valdoriens, rouynorandiens ou témiscamiens dans un événement lasarrois, ou vice versa. Je suis fière de voir mon Abitibi-Témiscamingue consommer sa culture chez elle, au lieu de la laisser se consumer. Et toi, consommes-tu ?  \\

 

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