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Chroniques // Tête chercheuse

De l’envergure

// Dominic Ruel - 14 sept. 2016

Numéro : Septembre 2016

 

En juin dernier, je terminais ma chronique en nous faisant la suggestion de fermer les écrans, quelques fois, afin de retrouver le temps de prendre le temps, de réfléchir et d’apprécier ce qui peut s’avérer complexe : un opéra, un discours, un reportage, une lecture. Ce que je nous souhaite, au fond, c’est de l’envergure. De l’ampleur, de la grandeur, dans ce que nous voulons, dans ce que nous sommes, dans ce que nous faisons. On se satisfait de peu, au Québec : un statut de province, une identité frileuse, une gestion à la petite semaine. Il nous faut de la hauteur. Pour cela, il faut du sérieux, de la rigueur et des efforts intellectuels.

 

Nos médias manquent justement d’envergure. J’en ai déjà parlé. C’est la course aux cotes d’écoute. On se satisfait alors de peu. On remplit les grilles horaires de jeux, de téléréalités. On offre de l’infospectacle. C’est à qui montrera l’image la plus forte. Les commentateurs abondent. C’est à qui criera le plus fort. L’analyse fine demande du temps. Ça peut être abstrait, et difficile. Donc peu populaire.

 

Les politiciens ne sont pas en reste. Très peu offrent une vision. Les élections ramènent leur chapelet de promesses. L’horizon, c’est la cote de crédit, c’est l’autre mandat, c’est la réélection. Le message est contrôlé, les interventions sont minutées. On préfère les phrases-chocs. Les médias (encore eux !) sont coupables en partie. Il me semble avoir lu que les citations de politiciens dans un reportage ne dépassent pas huit secondes aujourd’hui ! Vous essaierez d’expliquer un projet véritable, complexe, mais porteur…

 

Le Québec aurait besoin d’un gouvernant, avec de hautes visées, qui donne de l’élan. Un de Gaulle, tiens ! Il a fait de la grandeur son socle politique. Le volontarisme contre le fatalisme. Il refusait les carcans partisans. Il offrait une action qui tendait vers un destin commun. Mais il avait, surtout, une forte conviction démocratique. Et il ne s’accrochait pas au pouvoir pour en faire carrière. Jean-François Lisée, journaliste, député et candidat à la chefferie du PQ, admirateur du Général, écrit dans Le Tricheur, un livre sur Bourassa et, justement, son manque d’envergure :

 

 De Gaulle (savait) affronter l’opinion, et le plus souvent la convaincre qu’il avait raison, qu’elle avait tort. Quand il réussissait ce tour de force, il en sortait grandi et la France avec lui. Parfois, il échouait, et n’avait alors pas l’arrogance de se cramponner à un pouvoir qu’il aimait pourtant sans partage.

 

Voulons-nous, nous aussi, une envergure, des projets de grande ampleur, enthousiasmants pour le peuple, menés par des femmes et hommes politiques de haut calibre ? Parce qu’il y en a. Sommes-nous prêts à les écouter vraiment, à s’informer réellement, à réfléchir, à débattre ? Ou préférons-nous les facilités des médias, le prémâché, le formaté, le confort et l’indifférence, comme le disait Denys Arcand ?

 

Que disait de Gaulle, justement ? « Les grands pays le sont pour l’avoir voulu ! » \\

 

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