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Chroniques // Portrait d'artiste

Francine Plante présente Absence à la Galerie du Rift

L’art, cet outil de sensibilisation sociale et politique

// Fednel Alexandre - 1 déc. 2015

Numéro : Décembre 2015 / Janvier 2016

 

photo : Marie-Pier Valiquette, Photographe

 

Francine Plante est une femme, artiste et engagée. Socialement. Politiquement. Son œuvre charrie des enjeux sociaux sur lesquels elle porte un regard percutant pour attirer l’attention du public et le conscientiser. Le 20 novembre dernier, elle a organisé le vernissage de son exposition Absence, qui s’étendra jusqu’au 3 janvier 2016, à la Galerie du Rift, à Ville-Marie. Absence donne à voir aux visiteurs des vêtements traditionnels autochtones sur lesquels sont cousues des douilles d’armes à feu vidées de leur charge de poudre.

 

Absence se signale comme un projet qui s’inscrit dans une démarche résolument militante. Il favorise un jeu de contrastes en valorisant la présence de certains objets hétéroclites et surprenants par le procédé du détournement afin de dévoiler l’absurdité de nos comportements et d’annihiler le sens même du mot « absence ». L’artiste, en offrant une seconde vie aux douilles vides qui font corps avec un symbole culturel autochtone lié à la fête (régalia), provoque une réflexion sur notre rapport à l’autre, interroge notre indifférence, dans une forme de paradoxe apparent. En réalité, ces 1186 douilles qui ornent le vêtement invitent à entretenir la mémoire des femmes autochtones assassinées ou disparues sans que des démarches n’aient été entreprises pour leur rendre justice. Elles évoquent la violence, la dispersion, la souffrance, le deuil. De son côté, le costume traditionnel autochtone symbolise la tempérance, le rassemblement, la célébration, la vie. Ainsi, par la composition de cette œuvre qui joue sur les antagonismes, l’artiste entend évoquer la résilience des peuples autochtones, leur capacité à pardonner et à avancer dans la vie. Les douilles, objets délaissés après avoir été utilisés et vidés de leur charge explosive, se veulent une réhabilitation des Autochtones spoliés, marginalisés, oubliés. Elles inspirent l’artiste et deviennent ornement sur les vêtements et les œuvres qu’elle crée. Ainsi détournées de leur vocation meurtrière, elles rappellent le pouvoir transcendantal et régénérateur de l’art.

 

L’œuvre recèle une autre symbolique tout aussi percutante que l’association faite entre les douilles et le vêtement traditionnel. Il s’agit d’un costume féminin enluminé par la Voie lactée (Grande Ourse) avec une cape représentant les quatre nations. Dans l’imaginaire autochtone, le défunt rejoint la Voie lactée après sa mort. Ainsi, ce motif dessiné sur le vêtement peut se lire comme un effort de transcendance de la mort, qui devient espoir d’un monde nouveau. La violence suggérée par les douilles et la mort, qui découle de leur utilisation, se trouve donc neutralisée au profit de l’idée de célébration de la vie actualisée par le tracé de la Voie lactée, qui est lumière sur le « chemin des morts ».

 

Afin de réaliser ce projet ambitieux, Francine Plante est allée à la rencontre de femmes autochtones dans la communauté de Winneway. Ses discussions avec ses interlocutrices, gardiennes du savoir traditionnel, ont porté, entre autres, sur la violence. La nomination est un acte libérateur. Elle permet d’exorciser les traumatismes. Au fur et à mesure qu’elle côtoyait ces femmes, elle a ressenti une certaine harmonie avec les Autochtones, avec leur culture. Cette expérience lui aura permis de consolider son ouverture à l’autre, de se révéler à elle-même par l’intermédiaire de son lien à l’altérité.

 

Ce projet est né d’une réflexion de l’artiste sur son rôle dans la société. En effet, très touchée par le destin malheureux des femmes autochtones assassinées ou disparues, Francine Plante a décidé de s’inscrire dans un processus de création qui vise à dénoncer et à conscientiser. Pour elle, le plus important de sa démarche ne consiste pas à réaliser une œuvre colossale, mais plutôt à développer une intention, à garder la mémoire. Cela nécessite toutefois une modification de son rapport au temps, car le résultat à tout prix ne peut pas représenter le but ultime d’un processus. La mémoire s’entretient avec le temps, dans l’échange, la transmission. C’est le fruit d’un engagement citoyen pour contrecarrer la violence, les injustices, l’intolérance, le racisme. Bref, c’est un projet social. Un projet politique. \\

 

 

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