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Chroniques // Vues sur le nord

Guibord s'en va-t-en-guerre

L’art du possible

// Martin Blais - 11 nov. 2015

Numéro : Novembre 2015

 

Une scène du film Guibord s'en va-t-en-guerre du cinéaste Philippe Falardeau, mettant en vedette Patrick Huard.
photo : Courtoisie

 

Certains sont allergiques aux poils de chat, d’autres au pollen, d’autres peuvent mourir d’une simple arachide et pour d’autres, c’est la politique. Qu’on en ait entendu parler pendant deux mois pleins n’aide pas la chose et on a beau être intéressé, à un certain moment, on n’est plus capable d’en prendre! Il faudrait vraiment un tour de force pour nous rendre attentifs à un cours de politique 101, et c’est ce que réussit le film Guibord s’en va-t-en guerre (2015).

 

Philippe Falardeau (La moitié gauche du frigo, C’est pas moi je le jure, Monsieur Lazhar), cinéaste diplômé en science politique, s’est donné le défi avec Guibord s’en va-t-en guerre d’aborder sous l’angle de la comédie satirique le travail d’un député fédéral indépendant. L’action se déroulant au nord du 48e parallèle dans le comté fictif de Prescott-Makadewà-Rapide-aux-Outardes, le film a presque entièrement été tourné en Abitibi, à Val-d’Or et ses environs, par souci d’authenticité de la part du réalisateur.

 

Patrick Huard incarne Steve Guibord, un simple député qui reçoit la visite de Souverain Pascal (Irdens Exantus), un étudiant en science politique haïtien venu effectuer un stage au Canada. Il ne laisse pas le choix à monsieur Guibord de le prendre sous son aile, surtout que ce dernier n’a de conseillers que sa femme (Suzanne Clément) et sa fille (Clémence Dufresne-Deslières). On est alors embarqué dans un buddy movie politique au rythme soutenu qui confronte Guibord à une pléthore d’embûches et de pièges du métier de politicien.

 

Le député indépendant se retrouve, par un miracle qui tombe mal, avec la balance du pouvoir sur un vote décisif au sujet de l’envoi de troupes au Moyen-Orient. Il entame alors une longue tournée de consultations populaires, pris dans l’étau de l’opinion publique.

 

La région de l’Abitibi est cruciale dans le déroulement du récit par la complexité des enjeux présents. Tout d’abord, un barrage routier érigé par des Amérindiens entraîne le député dans ses premières contorsions politiques, entre l’arbre et l’écorce. Les travailleurs du secteur forestier lui reprochent de plier devant les revendications des autochtones et, ironiquement, érigent à leur tour un barrage! Par la suite, c’est le maire de Rapide-aux-Outardes qui implore Guibord de voter pour la guerre, qui permettrait de créer des emplois dans le secteur minier de la région.

 

C’est aussi le vaste territoire que Guibord doit couvrir qui lui cause des ennuis. Plusieurs séquences aériennes montrent notre forêt boréale de façon vertigineuse, évoquant par la bande la phobie qui afflige le personnage interprété par Huard, soit la peur de prendre l’avion.

 

Guibord s’en va-t-en guerre se révèle une arme efficace contre le cynisme. On éprouve forcément de la sympathie envers le personnage principal, tiraillé entre les intérêts de sa famille, des autochtones, du milieu forestier et du premier ministre (ça en fait beaucoup).

 

Guibord s’en va-t-en guerre est toujours à l’affiche dans certains cinémas du Québec. \\

 

 

 

 

 

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