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Chroniques // Éditorial

Mot de la rédaction

Se donner les outils pour répliquer

// Tommy Pilon - 2 oct. 2015

Numéro : Octobre 2015

 

photo : Courtoisie

 

Après des éditoriaux marqués d’une forte empreinte de cynisme, j’ai envie de vous parler de projets plus inspirants et constructifs. Pas d’élections fédérales, pas de niqab. Jasons concertation régionale.


Parlons donc du mouvement Touche pas à ma région / Projet AT, né au début 2015 à la suite de la mise en œuvre des politiques d’austérité du gouvernement libéral : abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ) et des Centres locaux de développement (CLD), asphyxie des Forums jeunesse. Petit cours accéléré de l’histoire de la concertation régionale.


En 1964 naît le Conseil économique régional du nord-ouest du Québec (CERNOQ), dont l’objectif est de planifier le développement régional, à travers une approche ascendante, de la population vers les instances décisionnelles. En 1971, le CERNOQ devient le Conseil régional de développement de l’A-T (CRDAT), qui reflète les préoccupations de l’époque : services aériens, état des routes, gestion des mines et forêts. On évoque l’image régionale, le potentiel touristique, les médias, les zones rurales isolées. Tranquillement, le mandat s’élargit : agriculture, agroalimentaire, télécommunications, aide aux PME, femmes, environnement, etc. Vers la fin des années 90, le CRDAT compte une cinquantaine de représentants, issus de 800 membres de la société civile et de plus de 400 organismes et entreprises. Le développement social est au cours des priorités : forum jeunesse, table des aînés, immigration, premières nations, services de garde, soutien aux artistes, diversification économique, création de l’Observatoire de l’A-T.


En 2003, le gouvernement libéral n’abolit pas le CRDAT mais décide qu’il ne lui parlera plus, après près de 50 ans de concertation régionale : trop de voix, trop d’opposition aux programmes du PLQ, qui préfère créer sa propre entité privilégiée, la CRÉ. Des interlocuteurs plus limités, moins chialeux. La nouvelle structure servira mieux le gouvernement pour faire passer ses objectifs politiques vers la population (approche descendante). Le nombre d’interlocuteurs baisse de façon significative, même si on conserve une certaine représentation de la société civile. Malgré les protestations, force est de constater que la CRÉ, bien que moins représentative, fait de belles réussites en matière d’économie sociale, de développement économique, de tourisme de plein air, de soutien aux arts et à la culture, d’archéologie, et surtout en matière de développement durable. On commence enfin à avoir une vision à long terme du développement régional, qui va au-delà des ressources naturelles qui ne sont pas illimitées et dont l’exploitation a des conséquences à long terme.


À la fin 2014, le nouveau gouvernement libéral de Philippe Couillard décide que la CRÉ est encore trop large : l’opinion et les préoccupations citoyennes quant à l’avenir de leur région, c’est pour les nuls. Aussi, austérité. Abolition de la CRÉ. Silence des députés libéraux en région, dénoncé de toutes parts. Le seul interlocuteur légitime sera désormais la Table des préfets de l’A-T., soit un représentant par MRC. Par contre, la Table des préfets ET Projet A-T sont en désaccord avec cette situation, qui n’est plus qu’une instrumentalisation, un détournement des principes de base de la concertation. Les préfets élaborent ainsi leur propre modèle, en tenant compte des contraintes formulées par le gouvernement, et proposent un comité consultatif. Par contre, bien que l’initiative soit saluée par le comité de mobilisation régionale, on désire rallier davantage la société civile, tel qu’exprimé par les 325 personnes présentes lors de la création de Projet A-T, qui décide donc de consulter à nouveau la population.


Ce qui nous ramène au rassemblement régional du 19 septembre dernier, qui devait entre autres évaluer la pertinence de créer un organisme indépendant, à l’extérieur de la structure proposée par le gouvernement québécois et celle de la Table des préfets, pour faire renaître une véritable concertation régionale, rappelant l’âge d’or du CRDAT : un outil citoyen qui pourrait devenir un contre-pouvoir efficace, délégant des porte-paroles au sein d’un comité consultatif élargit de la Table des préfets. Vous devinez la suite : Le CRDAT a effectivement été réactivé.


Il reste beaucoup de détails administratifs à régler : Réanimation de la vieille charte du CRDAT, comité transitoire, assemblée générale, nomination d’un conseil d’administration. La route sera parsemée d’embûches, mais une chose est claire : la société civile a dorénavant entre ses mains une arme de choix qui pourra servir à un rééquilibrage des pouvoirs entre le gouvernement et les intérêts régionaux. Ce n’est pas rien. Reste maintenant à souhaiter que la Table des préfets ne verra pas cette nouvelle instance comme une menace à leurs prérogatives, mais bien une façon pour eux d’obtenir un meilleur portrait des préoccupations citoyennes, ainsi qu’un outil complémentaire à leurs actions.


Il est primordial de laisser les citoyens de la région débattre des objectifs communs de développement, particulièrement lorsque l’on considère que le CRDAT peut toucher à des enjeux qui dépassent le mandat des préfets, comme la culture, l’éducation, la lutte à la pauvreté, etc. Depuis plus de 50 ans, la concertation régionale en région s’est manifestée par consensus issus de gens de tous les horizons politiques, économiques, sociaux, avec pour seul objectif de faire avancer notre région. Il est temps de faire renaître cette façon de faire qui a prouvé son efficacité durant presque cinquante ans. \\

 

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