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Chroniques // Sports et plein air

Chronique plein air

En kayak sur les traces des coureurs des bois

// France Lemire - 28 août 2014

Numéro : Septembre 2014

 

photo : France Lemire

 

 

Tout sourire et solidement complices, Manon et moi allions enfin pagayer la rivière Kanasuta. Ce trajet de 50 km reclus dans les bois m’attirait particulièrement. Cette rivière mythique coule en direction nord, prend sa source au lac Kanasuta et se jette dans le lac Duparquet.

 

La mise à l’eau nous attend, à la vue du lac sur le chemin Kanasuta. Ce plan d’eau du même nom, situé tout juste au nord de la ligne de partage des eaux, coule vers la baie James. Il comprend un regroupement de huit lacs et compte une multitude d’îles verdoyantes. J’aime naviguer à la pagaie cet archipel, car une courte distance est nécessaire entre les îles, me permettant d’admirer les petits bijoux naturels qui s’y cachent. Une pause cueillette, à la vue de généreuses talles de bleuets, a d’ailleurs ralenti notre progression, au grand plaisir de nos papilles gustatives.  

 

Reconnu pour la pêche et la villégiature, le lac compte plus de 300 chalets, camps et pourvoiries sur ses berges. Plusieurs embarcations à moteur sillonnent les îles à la recherche des meilleurs coins de pêche. Il est donc nécessaire pour nous, kayakistes, de s’armer de prudence.

 

Un petit détour à la grande plage au fond du lac Dasserat vaut son pesant d’or, avant de s’enfoncer quelques coups de pagaies plus loin, au nord sur la rivière Kanasuta.

 

À l’endroit où le lac se fond en rivière et que cette dernière fait le coude, un petit quai marque le début d’un long portage de 1,1 km. Il mène à un camp privé, bordant la rivière Kanasuta de l’autre côté des trois rapides. Pour les plus téméraires, il est possible de demeurer sur la rivière et de haler son kayak ou son canot par-dessus le petit barrage de béton désaffecté et les deux premiers rapides, car la descente en embarcation est peu accessible selon le niveau d’eau. La charmante cascade tout au bout mérite un arrêt, pour contempler l’eau qui dévale le rocher dans une course folle.

 

À la reprise de la glisse, la forêt se resserre sur les deux aventurières que nous sommes, naviguant désormais sur une portion de 10 mètres de largeur. C’est l’extase, alors que l’eau nous miroite le passage des Algonquins des siècles derniers. Situé à la limite sud du bassin versant de la baie d’Hudson, le parcours a longtemps été très fréquenté par les Amérindiens, entre la rivière des Outaouais et le lac Abitibi. C’est également le chemin qu’a privilégié le Chevalier de Troyes pour aller chasser les Britanniques des rives du lac Abitibi en 1686. Radisson et Des Groseillers ont aussi parcouru cette rivière. Le lieu est imprégné de ces personnages plus grands que nature.

 

Je regagne l’instant présent en apercevant un grand héron s’allonger le cou en nous pointant du regard. J’aime cet oiseau qui s’envole et se pose à répétition, devançant notre progression sur la rivière. Il nous accompagne ainsi pour une bonne heure de pur bonheur. Il y a aussi le martin-pêcheur et le grand pic qui s’observent ici à merveille.

 

Nous changeons de décor à l’approche d’un court tronçon surnommé le Fer à Cheval. On plonge alors dans une zone marécageuse où une tour de chasse trône sur le paysage de ce territoire immensément sauvage. Je m’amuse à penser que l’endroit est idéal pour enfin apercevoir mon premier orignal en liberté. C’est au détour d’un méandre que la magie des lieux opère, alors que le roi de la forêt boréale se tient haut et fier à quatre mètres de moi sur la rive. Moment de grâce immortalisé à jamais!

 

La forêt boréale, dominée par l’épinette noire, le sapin baumier, le mélèze, le cèdre, le bouleau et le tremble, est ici mature et vivante. Les rives sont parfois découpées de splendides escarpements rocheux. Quelques camps de chasse dissimulés ici et là marquent également le paysage.

 

L’oreille tendue, nous distinguons le grondement d’un quatrième rapide, également non navigable par manque d’eau. Ce dernier précède le pont du chemin forestier de la faune. Un portage de 81 mètres soigneusement élagué se distingue à notre droite.

Un long secteur marécageux, véritable royaume du canard noir, compose le paysage de nos derniers kilomètres en rivière. C’est aussi là que nous glissons sur la frontière, quittant Rouyn-Noranda pour accéder à l’Abitibi-Ouest à deux kilomètres et demi de la baie Kanasuta, formant le fameux lac Duparquet.

 

Le lac Duparquet est à mon avis l’un des plus beaux de l'Abitibi-Témiscamingue, avec sa superficie de 12 km². Il compte environ 140 îles, dont 3 sont des réserves écologiques. Sur l'île aux Vieux-Arbres poussent des thuyas âgés d'environ 800 ans. Ce sont les plus vieux arbres du continent américain. La plus grande est l'île Mouk-Mouk, à l'origine d'une expression populaire pour parler du bout du monde. Je pose fièrement devant l’immense statue érigée sur les berges de l’île en hommage aux découvreurs du Nord.

Nous passons la nuit sur une magnifique petite île bordée d’une baie sablonneuse, idéale pour amarrer par grand vent. Cette île douillette abrite également un magnifique camping sauvage avec cercles de feux et un cap rocheux au relief imposant. C’est sur celui-ci, confortablement installées, que nous admirons, une coupe de vin à la main, le coucher du soleil et le spectacle de milliers d’étoiles piquées avec soin sur une toile en pleine noirceur.

 

Bien que les multiples attraits du lac auraient pu nous retenir une bonne journée de plus, nous gagnons la rampe de mise à l’eau, après un copieux déjeuner, satisfaites à souhait de notre stimulant périple.

 

Pour organiser votre sortie sur la rivière Kanasuta, naviguez sur la fiche : www.accespleinair.org/parcours/parcours_canotable_de_la_riviere_kanasuta

 

 

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