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Chroniques // Vues sur le nord

Chronique Vues sur le nord

Trois histoires de résilience / Trois histoires d'Indiens

// Martin Blais - 10 juin 2014

Numéro : Juin 2014

 

extrait du film Trois histoires d'Indiens, de Robert Morin
photo : Courtoisie

 

Au Québec comme ailleurs au Canada, deux sociétés parallèles existent, deux mondes qui ne se touchent presque jamais. On parle d’exclusion, d’injustice et de négligence, mais le réalisateur Robert Morin (Le Neg’, Papa à la chasse aux lagopèdes) n’hésite pas à parler d’apartheid pour qualifier la situation des Premières Nations au Canada. Pour faire le pont entre nos deux solitudes et parler différemment de l’Autre, Morin a braqué sa caméra, de plus en plus libre et décomplexée, sur trois histoires d’autochtones, des jeunes passionnés et proactifs à leur façon, issus des communautés de Kitcisakik et Lac Simon. Le résultat est 3 Histoires d’Indiens (2014), un film choral à la fois drôle et trash.

 

Les trois périples que l’on nous propose dans ce long métrage de fiction ne s’entrecroisent nullement. Chacun suit sa ligne, investi d’une mission personnelle avec le souhait de faire une différence dans leur communauté. Il y a Erik (Erik Papatie), un moulin à paroles et bidouilleur qui s’est donné comme objectif de rapprocher les gens de son village grâce à une station télé pirate. Ensuite, il y a Shayne (Shayne Brazeau), avançant dans le monde au son de la musique classique, créant malgré lui des contrastes surprenants entre la folie de Bartok et Wagner et les lieux les plus délabrés de sa communauté. Finalement, il y a trois amies qui dédient tout leur temps à la prière. Inspirées par les récits de Kateri Tekakwitha, canonisée sous Benoît XVI, elles s’approprient d’abord une maison abandonnée pour en faire un lieu pieux pour ensuite s‘infliger les souffrances de la sainte pour expier les péchés de leurs pairs.

 

Cette fois, chez Morin, c’est la fiction qui l’emporte sur le documentaire. Sauf pour Erik qui joue un personnage assez représentatif de sa personne, les histoires, quoique vaguement scénarisées, ne se veulent pas documentaires. La marche du jeune amateur de classique se fait sans aucune parole, pas plus chez les jeunes croyantes. Morin évite la démagogie et la lourdeur morale des dialogues et préfère une contemplation active. Le tragique de leur histoire est amplifié par une caméra posée, souvent fixe, cadrant chaque plan avec la noblesse d’un grand peintre. C’est un procédé esthétique inverse qui est employé dans le cas d’Erik, où le réalisateur se sert d’un procédé filmique dont il est maître, en plaçant la caméra entre les mains du personnage. Erik vit caméra au poing, détaillant chaque étape menant vers la construction de son antenne de télé et décrivant au passage les points les plus marquants de sa vie.

 

Les déchets occupent une place prépondérante dans le dernier opus de Robert Morin. Les personnages auront à se servir des restants matériels qui jonchent le sol de leur milieu de vie. Changer leur monde à partir de ce que le monde leur offre, tel est le motif qui les anime malgré eux. Leur attitude est un cri du cœur contre la résignation, un appel à l’action nécessaire, l’image d’une « nouvelle génération d’Indiens », pour emprunter les mots du réalisateur.

 

Le film 3 Histoires d’Indiens est disponible en location numérique sur le site cinemaexcentris.com.

 

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