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Chroniques // Signature d'artiste

Chronique « Signature d’artiste »

Art vrai, art faux

// Daniel Gagné - 1 mai 2011

Numéro : Mai 2011

 

 

1966: je reçois en cadeau une batterie pour mes 17 ans! Quelques mois plus tard, je suis en public, plein d’entrain; j’apprends tout en jouant.Je joue sérieusement; pas au point de me questionner sur ma place dans le monde, mais un peu sur ma place en scène. La peinture viendra, beaucoup plus tard, préciser ma raison d’être en communication, avec les autres.

 

Les artistes que je rencontre contribuent largement à ma compréhension du rôle historiquement attribué aux arts, aux artistes surtout. J’en arrive rapidement à saisir la différence entre l’art et la culture et du coup, à entrevoir le rôle et l’influence du premier sur le deuxième. Il n’y a qu’un pas à franchir pour se voir investi d’une responsabilité qui dépasse largement l’esthétisme et ce qui est habituellement attribué à l’artisanat, c'est-à-dire le beau, le pratique, l’ingénieux, le savoir-faire, parfois même la capacité de produire en grande quantité, jusqu’à fournir un marché.

 

Mes expériences de vie, ma sensibilité et la chance que j’ai eue de rencontrer des personnes devenues extrêmement signifiantes, ont contribué grandement à m’instruire, à me guider, à donner un sens à ce que je soupçonnais déjà, quand j’étais confronté à des œuvres vides de résonances, face à notre singulière histoire, à nos symboles, à nos paysages et plus encore à ce qui caractérise nos débats de société. J’en suis venu à penser, puis à croire, que les arts n’en sont pas s’ils n’ont pas en filigrane ce minimum d’écho au cœur de notre réalité.

 

Je crois aussi avec beaucoup de certitude que l’art a un rôle capital à jouer pour que notre culture évolue, tout en contournant les pièges de l’ignorance, de l’incommunicabilité et de l’indifférence. L’art doit rendre sensible, sinon, il est fumisterie et discours vide de sens, tout juste bon pour la prétention et le charlatanisme, trop fréquent. Celles et ceux qui changent le monde sont présents, bruyants, colorés et incontournables, n’en déplaise aux pouvoirs locaux, régionaux ou internationaux, eux qui misent sur le statu quo, le plus souvent et le plus longtemps possible. Les artistes ont le devoir d’opposer des portes ouvertes aux faiseurs de prisons, des plans de paix aux guerriers, devoir aussi d’ériger des monuments d’espoir aux générations qui nous suivent, d’élaborer des projets de développement, de conservation et de protection qui soient harmonieux et intelligents.

 

Les profits seuls, ne sont jamais rentables.

 

Je suis triste de voir que nos institutions n’arrivent pas encore à faire une différence marquée entre les Arts et la Culture, privant ainsi les artistes de leur devoir, et les citoyens des retombées qu’ils sont en droit de recevoir pour les sommes qu’ils investissent dans le domaine. De plus cette confusion est de nature à mystifier toute la communauté, au point où nous sommes tous perdants; comme si un mauvais livre d’instruction était fourni avec un outil essentiel.

 

Je suis un artiste, à la fois privilégié, déçu parfois, sous-utilisé souvent... comme beaucoup d’autres, d’ailleurs.

 

 

 

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