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ÉDUCATION

Table ronde: Des espaces à habiter

// Carlo Prévil, Professeur à l'UER en sciences de l'éducation (UQAT) - 5 nov. 2019

Numéro : Novembre 2019

 

photo : Élisabeth Carrier

 

Kwe! Kuei! Hé!

 

L’année 2019 a été consacrée année internationale des langues autochtones par l’UNESCO. Le Colloque du doctorat en éducation a voulu tenir compte des réalités de l’Abitibi-Témiscamingue et réserver un espace aux questions de l’éducation des Premiers Peuples en proposant une table ronde sur la scolarisation et la formation des jeunes Inuits et des Premières Nations au Québec. Mme Gisèle Maheux, professeure associée à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), s’est jointe au comité organisateur pour la réalisation de l’activité le 15 août dernier.

 

La professeure Gisèle Maheux (médaillée d’honneur de l’UQAT en 2018) a contribué de manière importante à la formation des enseignants autochtones (Québec et Chili) et au développement de l’éducation, notamment dans des communautés inuites, de façon continue tout au long de sa carrière professorale. Maintenant retraitée de l'UQAT, elle continue à jouer un rôle important de mentor auprès des nouveaux professeurs, des étudiants et du personnel professionnel en poursuivant aujourd'hui la mission de l'Unité de recherche, de formation et de développement en éducation en milieu inuit et amérindien (URFDEMIA). Pour cette table ronde, elle a réuni un panel riche et diversifié qui, pendant plus de deux heures, a su entretenir le public sur les enjeux éducatifs concernant les communautés des Premiers Peuples. Entre témoignages personnels, récits, vécus d’expériences professionnelles et résultats de recherche, les panélistes suivants ont su mettre en lumière de nombreuses composantes de la complexité de la situation.

 

  • Marguerite Mowat (enseignante retraitée et chargée de cours en langue algonquine à l’UQAT) a témoigné des réalités des élèves et des enseignants dans les environnements d’apprentissage au primaire. Partant de ses propres expériences comme jeune autochtone jusqu’à sa carrière professionnelle, elle a évoqué l’évolution des contextes d’enseignement et les fossés qui restent encore à combler pour répondre aux besoins éducatifs des jeunes autochtones.
  • Nancy Crépeau (présentement doctorante en éducation à l’Université d’Ottawa) a insisté sur les besoins éducatifs à comprendre et les problématiques de recherche à expliciter en contexte autochtone. Ayant entamé une carrière professionnelle comme enseignante de langues autochtones, les défis didactiques l’ont déterminée à poursuivre des études supérieures. Elle a fait part de ses observations et de ses réflexions pour une formation des enseignants plus sensible et mieux adaptée aux besoins des jeunes autochtones en relation avec les particularités des contextes linguistiques dans lequel ils vivent.
  • Roberto Gauthier (professeur au Département des sciences de l’éducation de l’UQAC, responsable du comité scientifique du Colloque sur la persévérance et la réussite scolaire des Premiers Peuples, directeur du Centre universitaire de l’est de la Côte-Nord 2015-2019) s’intéresse à la trajectoire, à la persévérance et à la réussite scolaire des jeunes. En un tableau saisissant, il a mis en perspective les cadres d’analyse habituellement utilisés et d’autres en développement pour mettre en évidence et comprendre les particularités que l’on peut observer dans les cheminements des jeunes autochtones en formation et leur réussite.
  • Suzy Bazile (professeure à l’École d’études autochtones de l’UQAT) s’est arrêtée aux questions d’éthique dans les approches et les démarches de planification et de réalisation de projets de recherche. De manière vibrante, elle a mis en lumière comment son histoire familiale et personnelle dans sa communauté atikamekw l’a déterminée à parcourir des sentiers peu explorés de la recherche pour contribuer à poser les fondements de l’éthique de la recherche en contexte autochtone au Québec et au Canada.
  • Glorya Pellerin (professeure à l’Unité d’enseignement et de recherche en éducation, responsable des programmes de formation des enseignants inuits et directrice de l’Unité de recherche et de formation en milieu inuit et amérindien [URFDEMIA à l’UQAT]) a traité des défis interculturels inhérents à la pratique de la recherche et de la formation auprès de communautés, des populations ou des personnes inuites et des Premières Nations. Elle a souligné les réalisations du travail en collaboration, notamment selon le modèle en cogestion (UQAT-partenaires inuit) établi depuis 1984. Elle a témoigné de ses propres apprentissages sur la portée des principes de respect, d’équité et de réciprocité dans ses pratiques en coenseignement.

 

Ces questionnements relatifs à la scolarisation et à la formation des jeunes autochtones ont alimenté les réflexions et les discussions nombreuses, animées par Mme Maheux. Les participants ont ainsi profité de ces analyses inspirées de la recherche et proposées en plusieurs nuances, selon les parcours des panélistes.

 

Sans prétendre fournir un éclairage complet d’enjeux aussi complexes, cette table ronde aura permis aux participants, qui s’intéressent aux problématiques de l’éducation, de constater les particularités de la réalité de la scolarisation et de la formation des jeunes Inuits et des Premières Nations, héritiers de cultures millénaires. Certains enjeux associés aux questions linguistiques ou au défi du dialogue des cultures ont pu être circonscrits avec rigueur et assez de profondeur, selon les réflexions de la professeure Gisèle Maheux. En tenant compte des expériences relatées ainsi que des axes de recherche explorés, on peut reconnaître que le panel a su généreusement offrir des perspectives nombreuses allant au-delà du contexte de Québec. Dans les commentaires de clôture des travaux de la table ronde, Jessica Godin (doctorante en éducation à l’UQAT) a mis en lumière avec intérêt et passion plusieurs pistes de travail très prometteuses dans un avenir rapproché.

 

À l’issue de cette table ronde, les points suivants mériteraient certainement une attention particulière :

  • Comment mieux articuler les savoirs pour l’intégration des références culturelles autochtones? Cette nouvelle articulation pourrait-elle constituer une ouverture à des efforts de formation obligatoire sur l’histoire et les réalités autochtones dans une perspective d’éducation interculturelle?
  • Comment repenser les circuits de formation initiale, de formation continue et l’insertion professionnelle des intervenants en contexte autochtone dans un projet de collaboration? Et ces nouvelles formations pourraient-elles profiter d’une approche de documentation des bonnes pratiques des enseignants expérimentés?
  • Quels éléments contextuels de la déperdition scolaire faudrait-il réexaminer?
  • Y a-t-il une occasion de mieux comprendre les enjeux des migrations des jeunes autochtones en milieu urbain?

 

En attendant, certaines des pistes relevées pourraient déjà alimenter les chantiers de la recherche-action en développement, notamment : revisiter l’éthique de la recherche en contexte autochtone dans une approche de recherche collaborative; appuyer la prise en charge de la scolarisation et de la formation des jeunes inuites et des Premières Nations par les communautés elles-mêmes.

 

 

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